L'interview du mois : Les points clefs de la révision ISO 14001

Sarah Jones aide les entreprises à se familiariser avec l'ISO 14001, la norme mondiale des systèmes de management environnemental (EMS). Sarah, formatrice en systèmes de management commercial, propose aux individus et entreprises des formations variées relatives aux systèmes de management. Sarah évoque ici l'actuelle révision de l'ISO 14001, en commençant par les raisons d'une telle révision.


Sarah Jones : Toutes les normes de système de management font régulièrement l'objet de révisions complètes, et l'ISO 14001 n'échappe pas à la règle. Le processus de révision vise à s'assurer que la norme répond toujours aux besoins et aux demandes des parties concernées par les systèmes de management environnemental.

LRQA : Pour commencer, quelles sont vos impressions concernant les modifications proposées et leur importance ?

Sarah Jones : En comparant la norme actuelle avec les nouvelles informations disponibles, nous constatons que les modifications sont plus importantes que celles mises en place lors de la dernière révision de 2004. Comme prévu, la nouvelle norme ISO 14001 s'articulera autour de l'annexe SL (texte commun et structure choisie par ISO pour l'ensemble des normes de système de management) afin d'améliorer la compatibilité avec et l'alignement sur les autres normes de système de management ISO.

LRQA : Quelles sont les propositions de modification les plus notables ?

Sarah Jones :  Les principales modifications proposées sont les suivantes :

1) L'aspect « Contexte de l'organisation » porte notamment, outre sur l'identification du domaine d'application du système, sur une compréhension de l'organisation et de son contexte et sur les besoins et attentes des parties concernées. 

2) L'aspect « Leadership et engagement » met en lumière le rôle et les attentes vis-à-vis de la direction. 

3) L'aspect « Compétences et sensibilisation » a été amélioré. 

4) L'aspect « Communication » a été divisé en deux parties : communication interne et communication externe. La création de rapports externes bénéficie d'un meilleur niveau de détail.  

5) L'aspect « Fonctionnement » inclut un supplément de planification des modifications des valeurs. Le contrôle et l'amélioration donnent des détails sur la non-conformité et les mesures correctives.

LRQA : Quels éléments sont susceptibles d'être modifiés ?

Sarah Jones :  Ces éléments, spécifiques aux EMS, sont les suivants :

1) La politique environnementale vise à soutenir la protection de l'environnement, dans le contexte de l'organisation. Cet aspect couvre l'engagement actuel et la prévention en matière de pollution, tout en autorisant, voire en encourageant (dans le contexte de l'organisation) les engagements dans les domaines suivants : développement durable, changement climatique, gestion durable des ressources, mais aussi protection de la biodiversité et autres problèmes environnementaux clés.

2) C'est dans une perspective de cycle de vie que s'exécute le processus d'identification et d'évaluation de l'aspect environnemental. Ce processus ne vise pas à évaluer le cycle de vie, mais à inciter les organisations à se projeter bien au-delà des domaines qu'elles contrôlent directement.

3) Aussi, la mise en place d'objectifs environnementaux doit tenir compte des problèmes internes comme externes, et s'appuyer sur des programmes dotés d'un ou plusieurs indicateurs de performance. En outre, ces objectifs doivent être entièrement incorporés aux processus organisationnels.

4) La planification et le contrôle des changements des valeurs imposent des exigences de contrôle ou d'influence des processus, en amont et en aval. Ces exigences concernent notamment les activités externalisées, notamment le transport, le conditionnement, la fin d'utilisation et l'élimination des déchets ainsi que les processus régissant l'approvisionnement en biens et services.

5) Les processus d'externalisation et celui lié à l'achat des biens et des services doivent être contrôlés à l'aide de critères d'évaluation, dans une perspective de cycle de vie, et via l'identification des exigences environnementales adéquates.

6) Les résultats de cette évaluation doivent être pris en compte dans la conception, le développement ou la modification des produits et services.

7) De plus, l'organisation devra peut-être fournir des données sur l'impact environnemental pendant l'utilisation et le traitement de fin de vie du produit, ou pendant la fourniture du service.

8) Le statut de la conformité vis-à-vis des réglementations en vigueur et autres engagements volontaires doit également être connu.

LRQA :   Quels sont les termes et définitions nouveaux ou modifiés ?

Sarah Jones : Un certain nombre de termes et de définitions ont été introduits ou modifiés, notamment « exigence », « efficacité », « risque », les informations documentées (remplaçant les précédentes définitions de document et de dossier) ou encore le suivi et les mesures de l'externalisation.

LRQA : Selon vous, quelles sont les démarches, en termes de formation organisationnelle, que doivent accomplir les entreprises afin de se préparer au mieux à la mise à jour de l'ISO 14001 ?

Sarah Jones : Les entreprises doivent, en premier lieu, se tenir informées. Pour cela, elles peuvent ou doivent s'adresser aux organisations ou organismes commerciaux directement impliqués dans le processus de révision, comme l'Institut de management et d'évaluation environnementale (IEMA) ou leurs organismes de certification respectifs. Ces services proposent régulièrement des rapports de statut, incluant notamment les dates de sortie des ébauches et de la publication finale.

Les entreprises doivent également en profiter pour réviser leurs systèmes existants et s'assurer que ceux-ci sont suffisamment robustes pour assumer les futurs défis et changements.

Il est également vital que les entreprises soient en contact avec leurs auditeurs : en effet, ceux-ci doivent les tenir informées des éventuels séminaires, webinaires et formations proposées par LRQA.

Enfin, les entreprises peuvent contacter leurs responsables de comptes ou responsables du développement de l'activité de formation, et ce, afin de convenir de visites ou d'appels techniques en vue de discuter des options disponibles.

LRQA : Qui, au sein des grandes organisations, doit envisager la mise en place de formations relatives à la révision de la norme ?

Sarah Jones : Selon moi, la formation doit être l'affaire de tous : les responsables de tous les niveaux sont concernés, notamment les responsables des systèmes de management environnemental, les responsables des autres systèmes de management ou encore les consultants. Le processus touchant probablement l'ensemble de la chaîne logistique, le service d'approvisionnement est également impliqué.

LRQA : La formation diffère-t-elle selon qu'elle est dispensée dans une grande entreprise ou dans une PME ?

Sarah Jones : Quelle que soit la taille de l'entreprise, le calibrage de la norme révisée et de son interprétation doit être exigé, à un moment donné, de la part de tous les auditeurs des systèmes de management environnement ou des professionnels environnementaux.

LRQA :  Quels recommandations donneriez-vous aux organisations démarrant la planification des implications de la révision de l'ISO 14001, d'abord sur leurs systèmes de management environnemental, puis au sein même des entreprises ?

Sarah Jones : Il va sans dire que des changements majeurs sont à prévoir, et que ceux-ci pèseront sur la manière dont nous interpréterons et remplirons les exigences de l'ISO 14001. Toutefois, nous devons garder à l'esprit que la norme restera, en grande partie, inchangée.

S'il est possible que les organisations éprouveront des difficultés à déployer les modifications, elles doivent garder à l'esprit que la migration entre l'ancienne et la nouvelle version s'effectuera sur une période de transition, dont la durée est encore à déterminer. Par conséquent, vous devez veiller, pour les prochaines étapes, à ce que votre organisation reste informée des modifications et prépare des plans afin de s'adapter, tant de manière systématique que proactive.